Informations examinées au 3 novembre 2026. Les sources centrales sont les résultats et le 10-Q de Microsoft pour le premier trimestre de l’exercice 2027, du 1er juillet au 30 septembre 2026, publiés le 28 octobre. Participation, chiffre d’affaires client et engagements de trésorerie correspondent à ce trimestre ; les anciens contrats servent à reconstituer l’évolution des droits.[S1][S2]
1. 10 milliards USD de chiffre d’affaires avec un client détenu en partie par Microsoft
Le dernier 10-Q distingue des relations auparavant faciles à confondre. Microsoft détient environ 24 % d’OpenAI sur une base après conversion et comptabilise cette participation par mise en équivalence. OpenAI constitue donc une partie liée au sens comptable. Microsoft a reconnu ce trimestre 10 milliards USD de chiffre d’affaires au titre de ses accords commerciaux avec OpenAI, partage de revenus compris. Les créances correspondantes sont passées de 6 milliards USD fin juin à 7,2 milliards fin septembre.[S1]
Rapportés aux 92,279 milliards USD de chiffre d’affaires trimestriel de Microsoft, ces revenus représentent environ 10,84 %. Ce n’est plus seulement un récit de partenariat stratégique, mais une exposition client susceptible d’influer sur la croissance et les encaissements du groupe. Les 10 milliards comprennent accords commerciaux et partage de revenus ; la seule composante de calcul Azure n’est pas détaillée. Le bénéfice associé doit aussi tenir compte du coût des services fournis.
Les trois premières lignes décrivent la situation actuelle du capital et des créances ; la dernière rappelle le cadre contractuel historique. Le capital investi, les services déjà exécutés et les commandes futures correspondent à des risques différents. Le rendement doit s’évaluer séparément selon l’apport, l’exécution et l’encaissement.[S1][S4]
2. Le « partenaire exclusif » d’hier ne l’est plus dans les mêmes conditions depuis avril
L’accord de restructuration d’octobre 2025 mentionnait une participation d’environ 27 %, certains droits exclusifs de propriété intellectuelle et d’API Azure, ainsi que 250 milliards USD d’achats Azure supplémentaires. La déclaration commune de février 2026 insistait encore sur le maintien de l’exclusivité des API.[S4][S5]
La révision du 27 avril a modifié ces frontières : OpenAI peut proposer tous ses produits via n’importe quel fournisseur cloud. Microsoft reste le principal partenaire cloud et conserve jusqu’en 2032 une licence sur les modèles et la propriété intellectuelle des produits, mais elle devient non exclusive. Microsoft ne verse plus de partage de revenus à OpenAI. Les versements d’OpenAI à Microsoft se poursuivent jusqu’en 2030 au même pourcentage, avec un plafond global.[S3]
En assouplissant l’exclusivité, les deux parties ont redistribué revenus et liberté commerciale. Microsoft obtient une durée de partage plus claire, qui ne dépend plus d’une appréciation des progrès technologiques. OpenAI gagne le choix du multicloud. Microsoft conserve à la fois les gains de l’actionnaire et les revenus du fournisseur. La protection des revenus futurs dépend davantage de la plateforme et de l’efficacité de prestation ; la participation actuelle est à apprécier autour de 24 %.
C’est important pour les actionnaires : l’infrastructure construite en amont doit s’amortir sur longue durée, alors que le client et partenaire technologique dispose de davantage d’options. La fidélisation repose plus sur la qualité de la plateforme et son efficacité, et moins sur l’exclusivité contractuelle.
3. 677 milliards USD d’engagements commerciaux ne sont pas autant d’encaissements proches
Fin septembre, les obligations de prestation restantes commerciales (RPO) atteignaient 677 milliards USD, en hausse de 73 % sur un an. Avec les autres activités, les RPO du groupe s’établissaient à 683 milliards. La durée moyenne pondérée des RPO commerciales est d’environ 2,3 ans. Microsoft prévoit d’en reconnaître environ 30 % dans les douze mois suivants, le reste ultérieurement.[S1]
Ce stock contractuel signale une forte demande, mais sa conversion en trésorerie dépend de la facturation, de l’exécution et des encaissements futurs. Les RPO comprennent revenus différés et montants non facturés. La part exacte d’OpenAI n’est pas publiée. Le stock global et les revenus ou créances OpenAI déjà chiffrés doivent être évalués séparément.
Le point central est le décalage des échéances. Microsoft doit réserver calcul, bâtiments et composants avant leur consommation et leur paiement par les clients. Une baisse de demande, des prix ou de l’accès au financement ne réajuste pas automatiquement et simultanément les revenus, les encaissements et les engagements d’infrastructure.
4. Les investissements corporels payés ne sont pas la seule pression sur la trésorerie des actionnaires
Le dernier trimestre est plus révélateur que les seules comparaisons annuelles :
Les flux d’exploitation ont augmenté d’environ 28,7 %, mais les investissements corporels payés ont presque doublé. Le flux de trésorerie disponible défini ici comme flux d’exploitation moins décaissements corporels a donc reculé d’environ 27,4 %. L’activité reste bénéficiaire, mais sa croissance immobilise davantage d’argent dans l’infrastructure.[S1]
Les « autres activités d’investissement » ont également absorbé 12,949 milliards USD nets, principalement pour soutenir l’achat de composants selon la direction. Fin septembre, les autres créances liées à ces achats atteignaient 35,7 milliards USD, et les placements soumis à restrictions contractuelles fournisseurs 12,6 milliards. Ces montants décrivent des soldes d’actifs et des contraintes contractuelles : des liquidités sont immobilisées dans la chaîne d’approvisionnement. Cette pression est distincte des charges du compte de résultat.[S1]
À titre de sensibilité de trésorerie seulement, retrancher aussi les 12,949 milliards d’autres sorties d’investissement du flux d’exploitation après investissements corporels réduit le solde de 18,633 à 5,684 milliards USD. Ce calcul ajoute ces autres sorties au-delà du FCF de trésorerie ; les variations d’actifs déjà incluses dans les flux d’exploitation restent dans leur périmètre initial.
Les engagements longs doivent aussi être replacés dans le temps. Les contrats de location non encore commencés s’élevaient à 364,6 milliards USD fin septembre, certains soumis à des conditions préalables, avec démarrage sur plusieurs exercices. La charge de paiement apparaît à mesure que ces conditions sont remplies et les projets lancés. Le calendrier de démarrage importe donc autant que le coût futur des centres de données.[S1]
5. La croissance du bénéfice bénéficie aussi d’une base de comparaison faible
Le résultat net GAAP atteint 36,629 milliards USD, en hausse de 32 %. Hors effets de l’investissement OpenAI, il atteint 36,422 milliards, soit +18 %. L’écart provient surtout du passage d’une perte après impôt de 3,086 milliards USD un an plus tôt à un gain de 207 millions ce trimestre. Cette base faible amplifie la croissance GAAP.[S1][S2]
Les 10 milliards USD relèvent du chiffre d’affaires commercial ; les 207 millions relèvent de l’effet après impôt de la participation. Il faut séparer croissance opérationnelle et variation de base des résultats d’investissement pour juger ce qui peut se répéter.
6. Appréciation
Microsoft et OpenAI sont désormais liés par les revenus, les créances, le capital et les engagements d’achat pluriannuels. Microsoft obtient un grand client, des licences et un potentiel de hausse de participation. OpenAI reçoit capital, calcul et liberté multicloud accrue. Les fournisseurs de matériel et de bâtiments obtiennent plus tôt des engagements d’achat ou de location. Les actionnaires ordinaires de Microsoft portent le préfinancement, le décalage des encaissements et le risque de changements simultanés de technologie et de concentration client.
Avec plus d’un dixième des revenus trimestriels lié au même client détenu en partie, recouvrement et rendement des infrastructures méritent autant de poids que la croissance. L’ancienneté des créances, le détail des revenus et la part d’OpenAI dans les RPO restent inconnus ; marges des services et délais d’encaissement doivent encore être quantifiés. Concentration, financement de la chaîne d’approvisionnement et locations longues sont déjà des risques actuels pour les actionnaires.
Sources primaires
[S1] Microsoft, 10-Q du T1 de l’exercice 2027, 2026-10-28 : tableau des flux ; note 1 sur investissements et achats de composants, note 11 sur RPO, note 12 sur locations ; commentaires de la direction.
https://www.sec.gov/Archives/edgar/data/789019/000119312526436133/msft-20260930.htm
[S2] Résultats trimestriels et rapprochement des effets OpenAI, 2026-10-28.
https://news.microsoft.com/source/2026/10/28/microsoft-announces-first-quarter-results-2/
[S3] Partenariat révisé, 2026-04-27.
https://blogs.microsoft.com/blog/2026/04/27/the-next-phase-of-the-microsoft-openai-partnership/
[S4] Restructuration et nouveaux achats Azure, 2025-10-28 ; comparaison contractuelle historique.
https://blogs.microsoft.com/blog/2025/10/28/the-next-chapter-of-the-microsoft-openai-partnership/
[S5] Déclaration commune, 2026-02-27 ; partiellement remplacée en avril.
https://blogs.microsoft.com/blog/2026/02/27/microsoft-and-openai-joint-statement-on-continuing-partnership/